Table des matières:
- Les débuts du guichet crypto à Vancouver
- Encadrement juridique et lacunes réglementaires
- Escroqueries signalées et sous-déclaration
- L’essor canadien des guichets et les défis techniques
Les débuts du guichet crypto à Vancouver
Le premier guichet automatique de cryptomonnaie fut installé à Vancouver en 2013 dans un petit café. Il permettait à ses utilisateurs d’acheter rapidement des cryptos en insérant des espèces, puis de les transférer vers un portefeuille numérique. À ce jour, les machines ont proliféré.
Au Canada, la FINTRAC, l’agence de renseignement financier, a analysé des rapports de transactions suspectes en février 2023 et conclu que les guichets crypto, nommés BATM (Bitcoin Automated Teller Machines), deviendraient le principal vecteur pour les escrocs au pays. Elle prévoit une hausse des victimes canadiennes ciblées par des réseaux organisés à l’étranger.
Encadrement juridique et lacunes réglementaires
Les opérateurs de guichets cryptos sont classés comme « money services business », catégorie qui couvre les bureaux de change, les guichets ordinaires et les services de transfert d’argent. Ils doivent s’enregistrer auprès de la FINTRAC, déclarer les transactions en espèces importantes, signaler les opérations suspectes et appliquer les règles KYC (vérification d’identité) pour les transactions supérieures à 1 000 USD.
Cependant, aucune disposition ne régule les tarifs appliqués ou les plafonds des transactions client. La FINTRAC ne recense pas non plus le nombre précis d’opérateurs, le nombre de machines ou leur localisation au Canada.
Escroqueries signalées et sous-déclaration
Le Centre canadien anti-fraude (CAFC) a enregistré des pertes de 14,2 millions USD en 2024 liées aux guichets crypto. En 2025, sur les trois premiers mois, plus de 4,2 millions USD ont déjà été déclarés. Le CAFC estime que seuls 5 à 10 % des fraudes sont signalés.
Selon le détective David Coffey de la police de Toronto, les pertes réelles pourraient être multipliées par 10 ou 20 pour approcher la réalité. Les services policiers comme le RCMP, la OPP et la police de Toronto ne traquent pas systématiquement l’usage des guichets dans leurs statistiques criminelles.
Chaque jour, la police de Toronto reçoit des signalements impliquant des guichets cryptos. Le détective Coffey admet que dès que l’argent est transféré, il est souvent irrétrievable, traversant les frontières sans que les enquêteurs aient l’autorité ou les ressources pour le récupérer.
L’essor canadien des guichets et les défis techniques
Selon TRM Labs, le Canada possède le plus grand nombre de guichets cryptos par habitant au monde, avec environ 91 machines pour un million d’habitants. Il occupe aussi le deuxième rang mondial en nombre total de machines, derrière les États-Unis. Depuis le début de l’année jusqu’à mi-août, les guichets canadiens auraient traité près de 1,5 milliard USD.
TRM a pu relier environ 160 000 USD à des activités illicites en traçant les portefeuilles cryptos associés à des fraudes ou au blanchiment. Selon Ari Redbord, responsable mondial de la politique chez TRM, ce montant n’est probablement que « une fraction de ce qui existe réellement ». Il avance que l’ampleur pourrait être supérieure de 85 %.
Le professeur Andreas Park de l’Université de Toronto souligne que ces machines n’exigent souvent que le numéro de téléphone comme identification pour les transactions de moins de 1 000 USD. Cette facilité d’accès favorise leur usage par les escrocs.
Le détective Coffey note que ces machines sont « faciles, rapides, irréversibles » » et « prédatrices envers les populations vulnérables qui ne comprennent pas toujours la cryptomonnaie ». Il insiste sur le fait qu’elles ne sont pas mal intentionnées en soi, mais qu’elles sont un outil utilisé par les fraudeurs.
Dans le cas de Brenda Smith, ce n’est que lorsque sa fille a examiné ses comptes que la supercherie a été détectée. Elle confie : « I just felt so stupid ». Elle se compare à une personne qui s’est fait voler dans sa propre maison.
Source: CBC